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A L'ETONNEMENT DU COLIBRI - Galerie " LA COUR D'INGRES " PARIS - Novembre-Décembre 1962 - José Pierre |
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A l'étonnement du colibri, qui croyait bien avoir terminé sa croissance, voici que son il rond, brillant aux bords de l'aube, devient l'étoile du berger, qu'un lac de turquoise naît de son plumage, tandis que son cur, brûlant comme une lampe dans la nuit, séduit des papillons-vampires gorgés de sang frais Ainsi va le monde de Roberto Alvarez-Rios, un monde réglé par les métamorphoses, où les apparences jettent le masque pour se découvrir plus belles dans le miroir des " correspondances ". Une certaine prédilection pour les formes primordiales et innocentes, lourdes d'énergie concentrée - l'uf ou la diatomée - , contribue à placer cette uvre dans l'éclairage particulier d'un nouveau matin de la création. Une création dont l'auteur, cette fois, ne chercherait pas à s'imposer par des autodafés, le génocide et le viol des consciences : une renaissance véritable, qui mettrait au rebut les scories de l'humanité. Mais la baguette magique d'Alvarez-Rios ne tient pas à convertir toutes les apparences. Ainsi le corps de la femme, s'il autorise quelques violences passionnées ou certains voluptueux raccourcis - la belle dormeuse dans Le décolleté du rêve -, entend que l'on garde souvenir des prestiges de sa chair. Car le jeu n'est pas gratuit, comme le serait une mondaine soirée de travestis où chacun irait déguisant son allure véritable sous des oripeaux pourtant révélateurs. Il y a ici prise à partie d'un prétendu réel, contestation de sa vérité, volonté de lui imposer le cours du désir humain. " Dire du mieux ", ainsi le trop oublié René Ghil exprimait sa conviction d'une évolution spirituelle depuis l'apparition de la vie sur la terre et la nécessité pour le poète d'encourager cette amélioration. Mais ce n'est qu'un vux pieux à côté du prodigieux mot d'ordre rimbaldien : " Changer la vie ". Il n'est pas tant de gens à se proposer la révolution conjuguée des structures et des esprits, une mutation sensible en même temps que sociale ! Aussi découvrons-nous sans surprise que le texte contenu dans le catalogue de la précédente exposition de Roberto Alvarez-Rios entretenait le visiteur, non pas de l'artiste ni de ses uvres, mais du surréalisme : c'était au premier jour de ce printemps de 1962, à La Havane Déjà, Lam et Càrdenas nous avaient appris quelle profonde sympathie s'établissait d'emblée entre les impératifs surréalistes et la grande fermentation créatrice au cur de ce chaudron des Caraïbes : Cuba. Aujourd'hui, Alvarez-Rios nous rappelle que la fonction de l'art consiste à mener sans faillir le combat pour la libération de l'esprit. " Au service de la révolution " ? Oui, Roberto Alvarez-Rios sert la cause de la Nueva Antilla en ne reniant rien de son inspiration. José Pierre |
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