Bibliographie - Louis Althusser - Christiane Parère - Marc Le Bot - José Pierre

Christiane Parère
Le Technicien Biologiste - tome VI - N° 5 1980 (page 315) - Christiane Parère

A l'heure où les foules se compressent pour admirer certains pionniers séniles qui eurent certainement leur heure de sincérité, mais dont les performances récentes, orchestrées à grand coups de cymbales, intéressent plus les chapiteaux que les cimaises, il est réconfortant de voir que le surréalisme n'est pas encore décrépit et de saluer l'exposition parisienne de Alvarez-Rios, peu connu des masses mais apprécié des élites artistiques de l'ancien et du nouveau monde ; et cet artiste cubain, nous sommes fiers de le revendiquer comme un compatriote, car il vit en France depuis plus de vingt ans…

Nous aimons cet art, reflet d'une profonde et originale personnalité, car on peut dire un " Rios " comme on dit un " Masson " ou un " Miro " (il a d'ailleurs de l'un l'amour des formes étranges et globuleuses, bouteilles féeriques aux contenus encore plus fantastiques que les apparences mystérieuses, et de l'autre l'humour souvent un peu inquiétant) ; Rios peint SON monde vu par SON œil, et peint à SA manière :-d'abord étrange manière picturale,- ni brillante, ni mate -qu'on ne saurait (lorsqu'on la regarde d'un peu loin) dire peinture ou tapisserie, tellement la trame de la toile est exploitée en explosions de mille nuances, des plus délicates aux plus vives ; étrange suite de couleurs :tantôt à la limite du camaïeu, tantôt associations hardies - qui seraient téméraires pour tout autre - comme cette floraison étoilée d'un rouge profond s'étalant sur un fond d'outre-mer, qui n'est là nullement agressive mais au contraire pleine d'un subtil mystère.

Bien souvent chaque toile présente une dominante et là encore quel registre : des bleus de manganèse les plus subtils pour aller aux bleus violacés les plus somptueux, en passant par toutes les nuances de bruns et de terre d'ombre ou les verts les plus acides…

Quant aux sujets, ils sont au-delà de l'étrangeté et échappent à toutes tentative de description : ici sorte de bateau-fantôme aux voiles et aux agrès formés de je-ne-sais-quoi en je-ne-sais-quelle matière mais subtilement beau et qui nous entraîne avec lui vers dieu-sait quel horizon imaginaire ; là une bouteille peut-être, mais un oiseau sûrement, dont les flans limpides, laissent entr'apercevoir quelque petite forme semi-fœtale, toute palpitante de demi-teintes d'une esquise tendresse…

En un mot tout une cosmologie, d'un monde qu'on ne sait situer ni dans le passé ni dans le futur, mais qui présente en raccourci toutes les facettes de notre univers, petites et grandioses, héroïques et mesquines, lénifiantes ou inquiétantes, mais toujours l'accent est mis sur le beau…

Alvarez-Rios un grand surréaliste - mieux encore un grand peintre.

Christiane Parère